CROIBIER Serge

Il importe d’insister sur la nature sérielle de ce travail, car c’est là le chemin le plus sûr pour l’appréhender et rejoindre le sens de l’intuition de l’artiste. Cette intuition concerne l’instable, l’indéfini, l’impermanent ; l’état des choses avant même ce que nous croyons en savoir, avant que notre perception nous les donne comme stables, définies, permanentes. Dans la durée et dans l’espace, dans le multiple aussi, se déploie l’activité du peintre. Ainsi, dans cette multiplicité, celui qui reçoit ce déploiement se retrouve très vite engagé dans une activité pour essayer de mettre en forme, ce qui est encore de l’ordre de l’impensé, ce qui résidait dans l’intuition de l’artiste. Cette pensée serait un peu de l’ordre de ce que Friedrich Nietzsche appréhende de La philosophie à l’époque tragique des Grecs (1), la philosophie avant la raison déductive. La représentation d’un devenir unique et éternel, de la totale inconsistance de tout le réel qui ne cesse d’agir, d’être en devenir et de n’être rien, comme l’enseigne Héraclite, est une représentation effroyable et stupéfiante. Elle est tout à fait analogue dans l’effet qu’elle produit à l’impression d’un homme, qui lors d’un tremblement de terre, perd confiance dans la terre ferme. C’est le fait d’une rigueur peu commune que de transformer cet effet en son contraire. Héraclite y est parvenu en observant le processus caractéristique de ce devenir et de ce déclin qu’il appréhende sous la forme de la polarité et comme la lutte d’une force divisée en deux activités qualitativement distinctes et opposées qui tendent à se rejoindre… …Pour Héraclite le miel est à la fois amer et doux, et le monde est lui-même une coupe à mélange qui doit être constamment agitée. Tout devenir naît de la lutte des contraires. Quand on se rend sur place, les lieux qui bordent le Lac du Bourget, on prend conscience de façon désespérée, si encore l’espoir d’une rencontre avait pu s’avérer possible, combien la nostalgie ne peut plus opérer. Ce sentiment quoi peut susciter ce qui est grandiose est ici délimité, circonscrit par des installations dans un paysage qui n’est plus celui de l’idylle mais celui de la disparition. En fait on a oublié de se poser la question du comment poser le regard de Lamartine dans ce paysage. Serge Croibier-Huguet, a commencé par déplacer quelque phonème pour introduire dans le titre qui désigne l’ensemble de ses travaux, un jeu entre diverses entités, un poète, un lac, le sentiment du féminin. Ce jeu serait la dilatation d’un intervalle défini par une fonction et dont la perturbation susciterait l’inattention d’un regard prêt à accueillir toute hallucination. Denis Ruggieri, directeur fondation Prassinos

Quelques oeuvres

  • CROIBIER Serge, Paysage à La Martine n°6

  • CROIBIER Serge, PLM n°26

  • CROIBIER Serge, Paysage à la Martine n°53, peinture/papier, 80x120cm, 2008/10

  • CROIBIER Serge, Paysage à la Martine n°65

  • CROIBIER Serge, Feuilles singulières, huile/papier, 65x72cm, 2011

  • CROIBIER Serge + Rabiaa DERBAL, Aïe Dit, 2014

  • CROIBIER Serge, PLM n°9